Wabi-Sabi ( Léonard Koren): Voir la vie en Wabi-Sabi

Sauvegarder le Wabi-Sabi

Je ne saurais dire si Léonard Koren, un occidental, a saisit les nuances de l’esthétique japonnaise Wabi-Sabi, étant moi-même de culture occidentale. Cependant l’autorité et la passion qu’il met à en traiter, si elles ne sont pas gages de fidélité, en tous cas me parlent. Il semble tout de même y avoir un paradoxe à écrire un tel livre, quand on sait que le Zen est au coeur du Wabi-Sabi (ou est-ce le contraire?): un système de pensée, (une mystique?), un art de vivre plutôt réservé aux seuls initiés, mais surtout qui se défie de tout intellectualisme, donc de la mise par écrit de son enseignement. L’auteur qui n’ignore pas ce fait, néanmoins, justifie sa démarche par la sauvegarde écrite du patrimoine culturel, comme c’est souvent le cas lorsqu’une tradition ancienne est menacée. En effet, Koren veut préserver le Wabi-Sabi de l’exploitation erronée de ses concepts, qu’en font les occidentaux. D’autre part, Koren nous informe de l’ exploitation commerciale courante des produits Wabi-Sabi par le système Iemoto japonnais (p.16), système qui a tout à y gagner, en conservant au Wabi-Sabi son aura mystérieuse.

Mon Regard Wabi-Sabi

En lisant ce livre, je me suis aperçue que, tel le Bourgeois Gentilhomme— c’est à dire sans me vanter, j’avais déjà un regard Wabi-Sabi sur les choses, mais sans le savoir. J’ai toujours éprouvé des émotions esthétiques fortes, parfois poignantes, face aux choses humbles et éphémères de la vie, ce qui est loin d’être du goût de mon mari qui trouve mes “rapts sentimentaux”,comme il les appelle, plutôt envahissants: j’ai la manie d’emporter à la maison tout ce qui frappe mon imagination ou de garder tout ce qui pourrait servir à une future réalisation: plantes, bouts de bois, tissus, feuilles mortes, papier, fil de fer rouillés de toutes formes et tailles laissés sur les chantiers de construction for my collages. J’ai conservé ce chardon déséché jusqu’a mon déménagement: quelques mauvaises photos, c’est tout ce qu’il m’en reste.

Wabi_Sabi_Chardon_compo_2

Ce livre m’a inspiré un petit poème Wabi-Sabi (?):

956309_pissenlit

Fleur d’asphalte je déambule.

Le vent souffle et soudain

réveille des pissenlits bullés.

Petites fées étoilent le pavé,

entropie,

refuge des exilées.

Education du Regard

Loin de moi l’envie de dénigrer le livre de Koren, un véritable petit bijoux de concision (de clarté, peut-être trop),pour un sujet qui semble aussi complexe. Je suis, néanmoins, un peu agacée par son opposition modernisme/Wabi-Sabi quelque peu réductrice. D’ailleurs c’est pas Wabi-Sabi d’établir des hiérarchies. Comme si l’esthétique Wabi-Sabi était mieux que l’esthétique ‘moderne’! Mais n’oublions pas la raison d’être du livre qui peut supporter tous les paradoxes: sauvegarder le Wabi-Sabi!

Pour moi, la percéption Wabi-Sabi, si j’ai bien compris, est une éducation du regard, une façon de voir universelle, globale, qui n’est pas sans rappeler la déscription de la dominance cérébrale artiste/droite, commune à tout procéssus de percéption créatrice, entre autres, qu’il soit dominé par une esthétique Wabi-Sabi ou moderniste d’ailleurs.

C’est vrai que par leur culture, les Japonnais sont peut-être plus avantagés que les occidentaux à trouver la beauté en toutes choses (commune aux artistes-aux sages?, un phénomène neurophysiologique ?) y compris dans les éléments en décomposition voir en putréfaction (une affaire de goût: aspect culturel). La façon de voir “artiste” plus l’aspect culturel constituent ce qu’on pourrait nommer un style (national et/ou personnel), quand ces deux aspects s’incarnent dans les objets. Il ne faut donc pas confondre le style Wabi-Sabi et l’éducation du regard Wabi-Sabi ou “artiste”commune à tous les créateurs. L’auteur n’en précise pas vraiment la distinction, c’est que le regard Wabi-Sabi et la culture japonnaise Zen se confondent. De plus, il n’est pas exclu que le style Wabi-Sabi tel qu’il est décrit dans ce livre et l’esthétique moderne s’enrichissent l’un l’autre, pour créer quelque chose de nouveau, selon les sensibilités et les goûts, aussi bien culturels que personnels, de chacun. Koren, s’en rend-il compte?, donne d’ailleurs plusieurs exemples de cette rencontre fructueuse. Ce livre trouvera donc tout son intérêt pour le créateur auquel il est plus particulièrement destiné dans le titre ( Wabi-Sabi for artists, designers, poets & philosophers); à condition de faire l’impasse sur la dichotomie modernisme/Wabi-Sabi un peu trop partisane.  Le roman, L’Elégance du Hérisson de Muriel Barbery, par exemple, montre bien que l’art Wabi (-Sabi) et l’art occidental ont plus de ressemblance qu’il n’y parait.

Toutefois, Je préfère, dans le genre, le livre de Stephen Nachmanovitch, Free Play, the power of improvisation in life and the arts, un classique de la créativité en Amérique, beaucoup plus pratique et poétique que le livre de Koren. Ce très beau livre fait la part belle à la culture extrême-orientale tout en y intégrant la culture occidentale, dans le but de libérer notre potentiel créatif et/ou d’apprécier pleinement la vie.

Happy Heuristics

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2 thoughts on “Wabi-Sabi ( Léonard Koren): Voir la vie en Wabi-Sabi

  1. Merci pour cet article eclairant d’une part et aussi pour avoir reblogger( hmmm..anglicisme je suppose) mon poeme.
    Je suis surprise de me retrouver dans un mouvement culturel… Pour moi, trouver la beaute dans le quotidien et l’ephemere est une necessite, autrement la vie n’a pas de sens.
    Merci Michal 😉

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