“Art” de Yasmina Reza: De l’autre côté du tableau blanc

J’adore le  théâtre, d’ailleurs j’en refais en amateur (en hébreu) depuis un an, dans un petit centre communautaire de ma ville. J’ai aussi retrouvé le goût et la patience de voir des pièces même si, parfois, qu’à travers la lucarne Youtube. C’est mieux que rien et ça n’est pas rien. Surtout qu’en tant qu’expat, j’ai pas tellement l’occasion en Israel d’en voir beaucoup, en français. La dernière pièce que j’ai vue “Art” de Yasmina Reza, j’ai d’abord cru que j’allais zapper: encore une pièce conceptuelle! Heureusement, je ne l’ai pas fais. [Serais-je en cela une sorte de Marc? Aie!] Avec cette pièce, portée par les remarquables Pierre Vaneck, Fabrice Luchini, Pierre Arditi , Yasmina Reza a évité bien des éccueils du genre:

une dissertation postmoderne incomprehensible sur l’art contemporain

l’ intellectualisme précieux français qui barbe

Et même un réquisitoire psychologisant sur l’amitié et les relations humaines

Art, comme son nom ne l’indique pas, en apparence seulement, c’est tout d’abord une pièce sur l’amitié, la vraie qui s’étend sur des années, résiste au temps, aux modes, aux classes sociales, pourtant si déterminantes en France : Le dermato aisé aux faux airs de nouveau riche (Serge: Fabrice Luchini) qui se la joue postmoderne, le loser (Yvan: Pierre Arditi ) qui opte pour le mariage par nécessité ( une nouvelle classe de déclassés), le technocrate cartésien réac à la verve destructrice (Marc: Pierre Vaneck), de quoi créer de juteux conflits.

La complexité des relations humaines y sont ‘peintes’ avec énergie, férocité et tout de même ce je-ne sais-quoi de bienveillance pour ces trois amis à l’amitié au bord du précipice à cause d’un tableau: une heure trente, autour, au travers, d’un tableau de maître (Entrios), propriété de Serge, tout blanc, acheté 200 000 F.

“Cette merde! ”,  c’est le cri honnête homme de Marc, pourtant ingénieur, que beaucoup avec un tant soit peu de jugeotte et surtout de goût, aimeraient bien pousser mais, honte mal placée, n’osent plus vraiment face à la pression ambiante, à la soit disant tolérance (représentée par le personage de Yvan qui ne cesse de ménager la chèvre et le choux). Pas si simple. Comme Serge le dit si bien à  Marc:

 SERGE : Comment peux-tu dire “cette merde” ? (…) Que tu trouves cet achat prodigieux tant mieux, que ça te fasse rire, bon, mais je voudrais savoir ce que tu entends par “cette merde”. (…) “Cette merde” par rapport à quoi ? Quand on dit telle chose est une merde, c’est qu’on a un critère de valeur pour estimer cette chose. (…) Tu ne t’intéresse pas à la peinture contemporaine, tu ne t’y es jamais intéressé. Tu n’as aucune connaissance dans ce domaine, donc comment peux-tu affirmer que tel objet, obéissant à des lois que tu ignores, est une merde ?

Alors, une pièce à toile, prétexte à règlements de comptes tout azimut?  Plutôt une façon bien  française – subtile, provocatrice et drôle, qui se défie du ‘politically correct’, ce nivellement par le bas– de refaire le monde, paradoxalement, en réaffirmant des valeurs vraies imperissables, telles que l’amitié et aussi ( oui monsieur, oui madame) l’intelligence, l’esprit tout en finesse  français, quelque soit la classe, tout en mesure, tout en goût, le génie français quoi: classique; qui a tendance récemment à s’enliser dans le mercantilisme artistique délétère des grandes maisons de prod, globalisation oblige.  Et le plus beau, le tour de force, c’est qu’il y en a pour tous les goûts.  ça me rappelle tout autant le geste obscène d’un Serge gainsbourg brûlant un billet de 500F à l’antenne, parce que taxé de 74% (d’actualité); un happening à la Yves Klein ou une pièce de Marivaux; et par endroits du Feydeau. Mais, le plus important, la marque du grand art, c’est que homme ou femme: on se reconnait dans les grandeurs et travers des personnages, on se questionne sur les valeurs qui nous animent. C’est aussi l’occasion de renouer avec un certain art de vivre, malgré le déplorable tout-à-l’essais, hélas, bien établi [que faire de la promesse]: les 3 amis se sont décidés pour une période d’ essais d’amitié.

Les derniers mots de la pièce, comparés à ceux du début, sont encore attribués à Marc, l’esprit conservateur . Ils traduisent, en définitive et définitivement, ce qui est la marque de l’art contemporain: la participation du spectateur à l’élaboration de l’oeuvre d’art. Ya qu’les cons qui changent pas!

Marc: Mon ami Serge a acheté un tableau. C’est une toile d’environ 1.60 m sur 1.20 m, peinte en blanc. Le fond est blanc et si on cligne des yeux, on peut apercevoir de fins liserets blancs transversaux. Marc: Sous les nuages blancs, la neige tombe. On ne voit ni les nuages blancs, ni la neige, ni la froideur et l’éclat blanc du sol. Un homme seul a ski glisse. La neige tombe jusqu’a ce que l’homme disparaisse et retrouve son opacité.

Mon ami Serge, qui est un ami depuis longtemps, a acheté un tableau.  C’est une toile d’environ 1.60 m sur 1.20 m. Elle représente un homme qui traverse un espace et qui disparait.

The play is also in English but I don’t like the adaptation in full on Youtube

however the trailer below about the play seems interesting

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